3 août 2020 - Newsletter

CRISE DU COVID-19 : COMPARER POUR APPRENDRE

Premier enseignement à retenir : une comparaison internationale de l’impact du covid en maisons de retraite n’est à ce stade, pas totalement pertinente. Pourquoi ? En raison de la diversité des approches pour enregistrer les décès, tout d’abord, tous les pays ne tenant pas compte des cas « probables » (donc non confirmés) de covid. Prenons l’exemple de l’Espagne : si l’on se limite aux cas « confirmés », le pays déplore parmi ses résidents de maisons de retraite 9 679 décès mais si l’on ajoute les cas « probables », ce chiffre s’élève à 19 553. Autre biais : les différentes définitions de ce qui constitue un « établissement », et donc la population accueillie dans ce dernier, qui ne se limite pas forcément aux personnes âgées selon les pays. Enfin, un élément décisif dans le recensement des décès et que tous les pays n’intègrent pas de la même façon : la distinction entre le nombre de résidents décédés (quel que soit le lieu où est intervenu leur décès : au sein de l’établissement ou à l’hôpital) et le nombre de résidents décédés au sein de leur maison de retraite (qui ne tient donc pas compte des résidents décédés à l’hôpital).
Autant de facteurs qui rendent aujourd’hui difficile la comparaison entre pays, voire le simple recensement des décès à l’échelle internationale. Et pourtant, à terme, ce travail devra bien être mené. En 2003, il aura fallu attendre près d’un an pour avoir une idée précise du nombre de décès liés à la canicule meurtrière du mois d’aout. Pour l’évaluer, les pouvoirs publics avaient finalement privilégié la comparaison de la mortalité entre cette période en 2003 et les années précédentes. Peut-être la meilleure méthode pour estimer réellement l’impact du covid sur la population accueillie en maison de retraite, à l’échelle internationale en particulier.

Conscients du caractère par conséquent imparfait et limité des données dont ils disposaient, les auteurs de l’étude sont néanmoins persuadés de l’utilité de ce partage, pour permettre notamment à certains pays de mieux anticiper, ce document ayant été actualisé et publié à plusieurs reprises depuis le mois d’avril. L’étude, extrêmement complète et précise, permet en outre de déterminer certaines grandes moyennes internationales, riches en enseignements. La première, sans surprise, confirme combien les résidents de maisons de retraite ont été, dans la grande majorité des pays, les premières victimes du covid : en moyenne, en effet, 47% des personnes décédés du Covid-19 de début mars à fin juin étaient résidents de maisons de retraite ou équivalent. Autrement dit, un décès sur deux a été déploré en établissement.

D’un pays à l’autre, toutefois, cette moyenne évolue considérablement, allant de 0% à Honk Kong ou Malte par exemple (ces pays ayant été relativement épargnés par le virus), à 85% au Canada (un taux record qui s’explique par un nombre relativement faible de décès au sein de la population globale). Fin juin, ce taux atteignait 49% en France, 39% en Allemagne, 64% en Belgique ou encore 68% en Espagne (si l’on tient compte des cas « probables » de covid).

En Italie, en revanche, ces données ne sont pas encore disponibles. La seule information révélée à ce jour par l’ISS (Istituto Superiore di Sanità) est le taux de mortalité au sein de la population accueillie en établissement, qui s’élèverait à 3,1%. Ce même taux varie de 0% à 6,1% dans les autres pays étudiés : 2,4% en France, 4,9% en Belgique ou encore 6% en Espagne.

Cette dernière donnée permet d’évaluer plus lisiblement l’impact du covid sur la population âgée accueillie en établissement et est en réalité fortement corrélée au nombre total de décès constatés au sein de la population… et par conséquent aux politiques de prévention mises en place par les pouvoirs publics. La comparaison entre pays, si elle permet de comprendre comment certains ont enregistré un taux de mortalité plus faible que d’autres, aura donc un intérêt indéniable, non pas pour désigner l’un ou l’autre mauvais élève… mais pour tous s’armer au plus vite pour demain.