23 décembre 2020 - Informations

DEVONS-NOUS RENOMMER NOS EHPAD ?

Si pour beaucoup la réponse est évidente (et est « évidemment oui ») , une telle démarche peut également sembler peu prioritaire… voire risquée.

Certes, tous s’accordent à dire que le sigle « Ehpad » n’a rien d’attractif et de positif et les mots qui le composent – Etablissement, Hébergement, Dépendance – encore moins. Mais au moment d’envisager de rebaptiser ces 7 000 Ehpad répartis partout sur notre territoire, ne sous-estimons pas 2 points. Le premier : ce terme existe depuis maintenant 20 ans et les français connaissent ce sigle qui apparait aujourd’hui sur les panneaux d’affichage de chaque ville et commune qui recense un Ehpad.

Le second : sommes-nous vraiment en mesure de trouver aujourd’hui un terme qui fasse l’unanimité et qui remplisse mieux son rôle que « Ehpad » ? En 2019, deux commissions s’y sont essayées : au sein de la concertation menée par Dominique Libault, il a été proposé de remplacer le mot Ehpad par « Maison du Grand Âge » ou « Maison Médicalisée des Seniors ». Le Haut Conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge (HCFEA) a quant à lui, procédé à un vote parmi tous ses membres et il en est ressorti la proposition suivante : « Résidence Médicalisée pour Aînés ». Pourquoi choisir un de ces noms plutôt qu’un autre ? Comment s’assurer que l’un de ces nom collera aussi bien à l’Ehpad d’aujourd’hui qu’à celui de demain ? Difficile à dire.

Pour le HCFEA, ce changement se justifie par la nécessité de « lutter contre toute appellation stigmatisante et discriminante à l’encontre des personnes âgées et favoriser le changement de paradigme souhaité par les membres du conseil ». Autrement dit : « Résidence Médicalisée pour Ainés » doit donner « une vision plus positive, inclusive et participative et valoriser les compétences de la personne âgée, le maintien de sa dignité et de son libre-arbitre ». Ambitieux, non ?

Changer de nom ne suffit pas

Certes, nommer correctement les choses est essentiel mais re-nommer les choses n’a d’intérêt que si cela s’accompagne d’une campagne plus large de communication et d’actions. Tout miser sur un changement de nom pourrait même être contre-productif dans le cas précis des Ehpad. Trouver le bon nom pour les Ehpad, celui qui reflète leurs ambitions, qui projette l’excellent travail fourni par les équipes et qui donne envie aux personnes âgées de venir, doit être le résultat d’un processus plus large d’ouverture et de transparence.

Ce questionnement est l’occasion de nous pencher sur les choix qu’ont fait d’autres pays, plus ou moins proches géographiquement et culturellement du notre. Premier constat : les francophones sont sans surprises, les rois des acronymes… et souvent pour le pire. Au Quebec, les Ehpad sont des CHSLD, « centres d’hébergement et de soins de longue durée ». Voilà de quoi relativiser un peu notre situation !

Plus près de nous, les sigles sont rares… et le mot « MAISON » ou « FOYER » est omniprésent. En anglais d’abord : au Royaume-Uni, les « nursing homes » sont devenues en 2002 les « care homes with nursing », plus médicalisées que les « care homes ». En Italie, la « Residenza Sanitaria Assistenziale » est plus sanitaire que l’Ehpad avec une présence médicale 24h/24 pendant que la « Casa di Riposo » se situe entre la résidence autonomie et l’Ehpad. En Espagne, ce sont des « Residencias de mayores » qui accueillent les personnes âgées et de l’autre côté du Rhin, enfin, les allemands peuvent compter sur les « Altersheim » [Foyer des anciens] et « Pflegeheim » [Foyers de soin].

Cette comparaison nous invite à nous interroger sur le chemin parcouru en France au cours des 20 dernières années. En abandonnant en 1999 le mot « Maison de retraite », avons-nous finalement pris de l’avance sur nos voisins ? En décidant de qualifier ainsi le public pris en charge – ce que personne d’autre ne fait, même si certains qualifient le service rendu -, avons-nous simplifié la compréhension de cette offre ou simplement stigmatisé les personnes âgées que nous accueillons ?

Nous en sommes convaincus, les mots ont leur importance et pour accompagner le changement de regard du grand public et des médias sur le secteur du Grand Âge, cela doit également passer par le vocabulaire employé. Que changerions-nous dans le sigle Ehpad (au-delà du fait que ce soit un « sigle ») ? Le mot « établissement », que nous remplacerions volontiers par « résidence » ou « maison » c’est vrai. Le mot « hébergement » qui devrait être « habitation », certainement. Le concept de « prise en charge de la dépendance » qui mériterait d’être remplacé par celui d’ « accompagnement au maintien de l’autonomie », sans aucun doute ! Mais tout cela n’aura de sens que si ça s’inscrit dans une démarche plus large de communication transparente et positive. Une démarche que le secteur entame à peine depuis quelques années et que la crise sanitaire a rendu plus difficile et plus urgente que jamais.