3 août 2020 - Newsletter

HIER ET DEMAIN, FIERS DE NOS EHPAD

Alors que certains ne voient dans cette crise que l’urgence de repenser le modèle de l’Ehpad, nous y voyons aussi l’indispensable nécessité de saluer le travail de ces 7400 établissements qui, face à la plus grande tempête de leur vie, ont tenu le cap.

L’Ehpad de demain ne pourra plus être celui d’aujourd’hui. Pour répondre aux aspirations et aux besoins des futures générations de personnes âgées mais également aux attentes de la société en général, il n’aura d’autre choix que de s’ouvrir sur l’extérieur, de proposer une palette de services plus large et plus flexible, de communiquer de façon plus transparente… et de médicaliser encore un peu plus l’accompagnement de ses résidents.

Tout cela, nous le savions déjà avant l’arrivée du covid mais la crise a naturellement exacerbé les limite d’un modèle vieux de 20 ans et rendu plus urgente que jamais sa mutation. Les prochains mois seront décisifs pour repenser les contours de l’Ehpad, mais également le financement de la dépendance ou encore la gouvernance du secteur. Nous en sommes convaincus et nous sommes prêts à accompagner cette révolution, que nous espérons à la hauteur des enjeux… Mais…

… Mais cette remise en question, devenue si urgente, ne nécessite pas de repartir d’une feuille blanche. Depuis le début des années 2000, les Ehpad se sont transformés, structurés, professionnalisés et adaptés jusqu’à devenir aujourd’hui le pilier central de la prise en charge de la perte d’autonomie en France. Un pilier qui ne s’est pas écroulé face au covid, grâce aux professionnalisme de ses équipes, à l’engagement de ses directeurs, à l’inventivité et la solidarité de tout un secteur. Au sortir de la crise, les Ehpad n’ont pas à rougir de leur travail. Au contraire, ils doivent capitaliser sur un certain nombre de choses.

Sur les territoires, d’abord, les collaborations issues de la volonté des acteurs de s’auto-organiser ont donné lieu à des solutions aussi originales qu’efficaces : protection civile, pompiers volontaires, réserve sanitaire, engagement des élèves infirmiers, création dans l’urgence d’unités Covid en SSR, adressage direct aux cliniques privées, partenariat avec les réseaux de laboratoire de biologie privés, qui sont venus jusqu’à former nos équipes sur site pour démultiplier les capacités de tests !

Autre motif de satisfaction : le bon en avant réalisé par la télémédecine, distanciation oblige. Les libéraux s’y sont (enfin !) largement mis, la téléconsultation est ainsi devenue chose aisée pour nos résidents mais aussi pour nos professionnels, de plus en plus nombreux à y avoir recours. Plus globalement, les équipements digitaux ont démontré leur intérêt et leur pertinence au sein de nos Ehpad pour maintenir le lien entre les équipes, les résidents et leurs proches.

Plus généralement, les EHPAD ont fait preuve d’une grande agilité : les restaurants ont fermé leurs portes… le service en chambre s’est organisé sans délais ; certains membres de l’équipe manquaient… les professionnels sont devenus plus polyvalents que jamais ; les familles n’avaient plus le droit de rendre visite à leur proche… tous se sont mis au numérique en un temps record. Face à la maladie, des unités covid se sont également organisées, capables d’accompagner dignement leurs résidents atteints du covid en fin de vie… ou vers la guérison.

3 questions à :
ALEXANDRA DANINOS,
Directrice Générale du groupe SSD La Coupole
Depuis le début de la crise, le groupe SSD La Coupole, gestionnaire de 5 Ehpad dans la région de Marseille, partage sur son site le retour d’expérience de ses équipes. Alexandra DANINOS, directrice générale du groupe, revient sur cette démarche et son impact auprès de leurs partenaires.

Pour commencer, de manière générale, comment vos équipes et vos établissements ont-ils vécu cette crise sur le terrain ?

Alexandra DANINOS : Conviés à la réunion d’information sur le risque épidémique COVID-19 de l’ARS PACA dès le 28 Février, nos équipes de direction ont pu rapidement mesurer l’ampleur de l’épidémie. La décision de pré-confiner les établissements du groupe SSD La Coupole fut prise dès le lendemain, permettant notamment aux résidents, aux familles et à nos salariés d’anticiper et de communiquer sur les mesures barrières et le risque épidémique.

Au déclenchement du plan Bleu, avec l’ensemble des chefs de service, nous nous sommes mis en veille sanitaire et avons activé rapidement une cellule de crise au sein de la Direction Générale avec pour objectif 0 cas de contamination, préserver et protéger la santé de nos résidents mais également de nos salariés.

Il nous paraissait primordial de soutenir nos équipes, de les accompagner à chaque étape, dans chaque décision prise face à cette crise sanitaire inégalée. Cette crise a été à la fois anxiogène, avec un stress latent d’avoir un cas positif sur l’établissement, pour nos équipes l’angoisse de transmettre aux résidents ou aux membres de leurs familles et paradoxalement tout autant formatrice et enrichissante tant au niveau professionnel que personnel.

Avec vos équipes, vous avez mené un travail conséquent de retour d’expérience tout au long de cette crise. Pourquoi avoir mené ce projet ? Et quel impact cela a-t-il eu ?

A.D. : Notre cellule de crise était un véritable partage d’expérience, une coopération entre différents confrères d’EHPAD mais également avec nos partenaires de convention et avec le SYNERPA, qui nous a largement soutenu pendant cette période.

Quotidiennement nous diffusions et formions nos équipes aux nouveaux protocoles qui progressaient sans cesse selon l’évolution de la connaissance de la COVID-19, il nous paraissait alors important d’inscrire cette démarche sous le format d’un retour d’expérience afin d’être totalement transparent avec les autorités sanitaires et de tutelle.

En effet, la crise sanitaire a engendré une situation pendant laquelle il a fallu se réorganiser et créer des nouvelles procédures dans l’urgence pour répondre à cet évènement inédit. La démarche était donc de mutualiser les actions mises en œuvre par les établissements, de comparer avec d’autres et de proposer des solutions concrètes pour gérer la crise au quotidien.

Cela nous a permis de confronter les actions que nous avons mises en place avec d’autres structures et de les faire évoluer pour poursuivre les efforts dans cette lutte.

La publication de ce « REX » a permis également aux intervenants en EHPAD et aux familles de mieux comprendre la maladie à laquelle nous faisions face, et de comprendre également pourquoi certaines mesures pouvant sembler restrictives pour les familles, ont dû être mis en place auprès des résidents.

La réalisation ce retour d’expérience s’est poursuivie en répondant à l’appel à projet de la CNSA pour « Tirer les enseignements de la crise » en mettant en avant une partie qui apparaissait comme un élément clé de notre gestion : le partenariat et la coopération avec le laboratoire Alphabio et des services hospitaliers. En effet, ce choix de s’allier à un laboratoire hospitalier pour réaliser des campagnes de dépistage à tout moment – y compris week-end et jours fériés-, a montré son efficacité dans l’identification des cas et la mise en place des mesures concrètes avec les services hospitaliers afin d’éviter toute propagation.

Durant cette crise, les Ehpad ont été sévèrement mis en cause par certains. Qu’avez-vous envie de leur répondre ?

A.D. : Nous nous sentons incompris par les personnes mettant en cause les EHPAD. Nous constatons que le « grand public », bien souvent, ne connait pas le quotidien de nos structures et en a une image préconçue et péjorative.

Pour leur répondre, nous avons envie de nous ouvrir encore plus et montrer l’implication des équipes au quotidien, et ce d’autant plus lors de cette crise, afin de tout mettre en œuvre pour protéger nos résidents.

Cette démarche d’ouverture avait d’ailleurs débuté au début de l’année avec la campagne « C’est la vie » pour valoriser l’image de nos établissements et a laissé récemment la place à la campagne « A leurs côtés » qui prouve l’investissement des personnels qui prennent soins de nos ainés.