19 septembre 2018 - Newsletter

Hospitalisation des personnes âgées : une priorité de longue date

Eviter l’hospitalisation des personnes âgées et faciliter leur sortie en toute sécurité est depuis longtemps une priorité. Le plan Grand Âge – Autonomie présenté par la Ministre en mai dernier met une nouvel fois cet enjeu au cœur du débat.

Chaque année en France, 1,5 millions de personnes âgées de 80 ans et plus sont hospitalisées, soit un taux d’hospitalisation de 409 personnes pour 1000, contre 191 sur l’ensemble de la population. Cette population âgée enregistre par ailleurs des durées moyennes de séjour plus élevées que les autres : à partir de 85 ans elles sont proches de 10 jours, soit le double de celles des adultes de moins de 64 ans. Enfin, l’entrée en hospitalisation se fait par les urgences dans 41% des cas pour les plus de 80 ans, contre 24% pour les personnes de 20 à 80 ans.1
Bref, les personnes âgées sont habituées au monde hospitalier et cumulent les records dans le domaine. Or ces hospitalisations, qui plus est évitables dans de nombreux cas, ont un impact négatif sur ces personnes parfois fragiles ou dépendantes et sur les finances publiques. L’enjeu est donc double : comment tente-t-on aujourd’hui de prévenir les hospitalisations que l’on peut éviter et de réduire la durée des séjours qui ne peuvent être évités ?

Plusieurs enjeux qui en font une priorité

Pour les sujets âgés fragiles ou dépendants, l’hospitalisation et particulièrement le passage par les urgences peuvent avoir un impact considérable sur leur état émotionnel. Elles les exposent même à un risque de déclin fonctionnel et cognitif, non souhaitable bien évidemment. Ce constat se vérifie d’autant plus dans les Ehpad, au sein desquels réside la population âgée la plus fragile. Ainsi, en 2010, une enquête menée au sein du Gérontopôle de Toulouse auprès de 300 établissements, avait démontré que « trois indicateurs de fragilité chez les résidents – chutes (+5%), dénutrition (+14%) et contention (+23%) – présentent une augmentation parallèle après une hospitalisation ».

Au-delà de ces questions sanitaires et éthiques, l’enjeu financier n’est pas négligeable non plus. En l’absence de données précises sur les dépenses d’hospitalisation des personnes âgées dépendantes, le HCAAM avait tenté d’évaluer en 2010 l’impact d’une réduction de la durée moyenne de séjour hospitalier des personnes âgées. Il avait été démontré qu’une réduction des durées de séjour sur les territoires qui enregistrent les durées les plus longues pour tendre vers les moyennes les plus faibles observées, permettrait de supprimer près de 3 millions de journées d’hospitalisation, soit une réduction des couts d’hospitalisation d’un montant brut de 2 milliards d’euros. Ce calcul simpliste avait pour seule visée d’offrir un ordre de grandeur… d’autant plus parlant à l’heure actuelle, où les deniers publics se font rares et où s’ouvrent les débats autour d’un financement pérenne du risque de perte d’autonomie.

Autant d’arguments donc pour que la prévention des hospitalisations évitables et la réduction de la durée de séjour soient des priorités dans les plans nationaux, les expérimentations régionales et autres schémas départementaux.. Mais depuis le temps que cela est une priorité, une solution miracle est-elle sortie du lot ?

Les idées ne manquent pas

La prévention des hospitalisation évitables relève de plusieurs stratégies complémentaires à mettre en œuvre : d’une part, de la prise en charge optimale des maladies chroniques et des syndromes gériatriques par les médecins traitants, et d’autre part, de la mise en place sur le terrain d’alternatives à l’hospitalisation. Sur ce second axe, au sein des Ehpad, les efforts se concentrent actuellement sur la généralisation des IDE de nuit. Ce qui n’était jusqu’ici qu’une expérimentation lancée lors du précédent quinquennat est devenu une mesure concrète applicable immédiatement. Alors même qu’une récente étude du Gérontopôle d’Île-de-France soulignait que ce dispositif aurait moins d’effet sur le nombre d’hospitalisations que sur leur durée, le gouvernement y voit, quant à lui, une mesure prometteuse et a décidé d’y consacrer 36 millions d’euros d’ici 2020. Au sein du groupe Colisée, au regard de l’impact positif de ce dispositif sur certains territoires, nous ne pouvons que nous réjouir d’une telle décision.

Autre outil de prévention des hospitalisations évitables : la télémédecine, en cours de déploiement en France. Le 15 septembre prochain, la téléconsultation deviendra en effet une pratique médicale quotidienne et encadrée, ouverte à tous. Une avancée majeure dans la prise en charge sanitaire des personnes âgées et notamment des résidents d’Ehpad. Mais pour en tirer les bénéfices attendus, encore faudra-t-il équiper et préparer les Ehpad à cela. Un effort financier de 40 M€ est donc prévu sur la période 2018-2022 pour « garantir l’accès à la télémédecine dans les territoires pour les personnes âgées, en particulier dans les EHPAD ».

Pour réduire les hospitalisations évitables, les idées ne manquent donc pas et il ne faudra pas rater l’heure du bilan. Mais certaines hospitalisations demeurent, bien entendu, nécessaires et incontournables. Tout l’enjeu réside alors dans la fluidification du parcours de la personne et la facilitation de sa sortie d’hospitalisation. Au-delà des dispositifs traditionnels pour faciliter de retour à domicile en toute sécurité (hébergement temporaire, services à domicile), le plan « Grand âge Autonomie » dévoilé par Agnès Buzyn prévoit une vraie nouveauté : la création au sein des Ehpad de places d’hébergement dédiées aux sorties d’hospitalisation, financièrement prises en charge comme à l’hôpital. Ce qui signifie que la personne ne s’acquittera que du forfait hospitalier et non pas du tarif hébergement de l’établissement. Le plan prévoit pour commencer une enveloppe de 15 M€ financés par l’assurance maladie dès 2019 pour créer 1 000 places.

A l’image du système italien, qui a mis en place un statut spécifique pour les courts séjours en Ehpad dans le Piémont et en Lombardie, ce dispositif a de bonnes chances de faire ses preuves. Une occasion en sus pour nos Ehpad de faire valoir leur place dans le parcours de soins de la personne âgée et d’étendre leur rôle à celui de plateforme.

1. Sources : HAS et ATIH