3 août 2020 - Newsletter

LA CRISE… ET CE QUE J’EN AI APPRIS

Il est évidemment trop tôt pour tirer tous les enseignements d’une crise sanitaire qui sort à peine de son pic printanier. Pour autant, la crise du Covid a permis de mettre en exergue nos forces et nos faiblesses.

Tout drame doit nous conduire à tirer les leçons et les enseignements nécessaires. Nous nous devons de dresser une analyse lucide de ce que furent nos atouts comme nous avons l’obligation de recenser les dysfonctionnements qui sont apparus.
J’ai évidemment envie de commencer plutôt par ce qui a bien fonctionné.

Au premier chef, je citerai le pragmatisme qui a conduit les acteurs de terrain à trouver des solutions originales, à braver les rigidités et à faire le choix à chaque fois de l’efficacité, en mesurant de manière permanente le niveau de risque. La multiplication des actes de télémédecine est un signe évident de cette faculté que nous avons eu à faire simple quand nous étions habitués à faire compliqué. La façon dont les équipes ont su s’adapter à coup de trésors d’imagination à servir les repas en chambre, à organiser des temps d’échanges et d’animation individuels pour chacun en sont d’autres exemples. Que dire aussi de cette alliance de souplesse et d’originalité qui, sur le terrain, ont permis à la protection civile, aux élèves infirmiers, à la réserve sanitaire ou aux pompiers volontaires de venir en soutien des Ehpad ou aux laboratoires de biologie privés de venir former nos salariés pour démultiplier les capacités de tests ?

Je mets également au crédit de cette crise l’appétence nouvelle – même si elle était déjà bien présente au sein du groupe Colisée – pour l’usage d’outils numériques. On opposait parfois le « digital » à « l’humain » : nous avons montré au contraire qu’utilisés à bon escient les outils numériques pouvaient être un puissant facteur de lien social.

Enfin, cette crise aura montré – mais avait-on le moindre doute ? – l’engagement sans limite des équipes qui n’ont eu comme seule obsession durant cette période que d’entourer au mieux des résidents parfois en grande souffrance.

Mais cette crise a également été le révélateur de nombreux dysfonctionnements.

Certes nous ne l’avons pas découvert à cette occasion mais notre système est clairement organisé autour d’un hôpital qui dialogue peu avec la médecine de ville et le monde médico-social. Les trois blocs travaillent en silos, l’information entre eux circule mal et le DMP censé véhiculer une information fluide et sécurisée est encore balbutiant.

De fait, le secteur des EHPAD n’a pas bénéficié de la priorité absolue qu’il méritait eu égard au degré de risque présenté par ses résidents. Ils ont été mis en difficulté quant à leur approvisionnement en équipement de protection du fait de la réquisition étatique et des difficultés logistiques. Et quand bien même les Agences Régionales de Santé se sont fortement investies, personne, y compris elles, ne nie aujourd’hui qu’elles ont eu un retard à l’allumage en Ehpad trop concentrées qu’elles étaient en direction des hôpitaux. Ne parlons pas des SAAD qui ont subi une pénurie plus grande encore, des professionnels étant même obligés de faire la queue devant les pharmacies pour récupérer quelques masques.

Nos lacunes ont également été flagrantes dans la gestion des décès. Au cœur de la crise, les conditions de mise en bière et d’accompagnement des familles resteront, je le crois, comme notre plus grand échec collectif alors que nous aurions dû capitaliser sur l’expérience du drame de la canicule de 2003.

Dès lors, ces leçons doivent évidemment nous guider dans les décisions de réforme qui se dessinent désormais. Nous aurons quatre questions à nous poser :

Qui est le mieux placé pour coordonner l’offre sanitaire et médico-social ? Faut-il privilégier les ARS, capables de faire lien entre le sanitaire et le médico-social ? Ou préférer une gestion par les Départements, plus aptes à faire du sur-mesure au plus près du terrain ? Quelle complémentarité entre ces deux échelons pourrait être mise à profit pour l’avenir, dans une collaboration de confiance ?
Comment permettre aux différents acteurs de mieux travailler ensemble en décloisonnant et en permettant une plus grande fluidité entre professionnels ? Hôpitaux, HAD, SSR, libéraux, Ehpad, Saad et Ssiad : autant de ressources qui fonctionnent en tuyaux d’orgues quand il faudrait qu’elles soient toutes au service du parcours individuel de chaque personne âgée.
Comment introduire de manière plus volontariste les outils numériques et les innovations technologiques qui permettent de renforcer le lien familles-résidents (liens en visio-conférence), de soutenir le travail des professionnels (ergonomie) ou d’améliorer la qualité de soins (télémédecine) ? Là encore, il ne sera plus possible demain de penser digital « accompagnement serein » sans penser « numérique ».
Enfin, la crise a montré comme jamais la pertinence du rôle de l’Ehpad mais aussi la nécessité de voir son modèle évoluer. Une évidence qui méritera probablement dans les prochains mois de redéfinir la place des familles, des élus locaux, de renforcer l’aspect domiciliaire et d’imaginer les évolutions architecturales et organisationnelles qui permettront de dessiner l’Ehpad de 2030.
Chacun a le droit de faire des erreurs. Nous n’avons pas le droit en revanche de ne pas apprendre de nos erreurs.

Christine JEANDEL
Présidente du Groupe Colisée