24 avril 2019 - Newsletter

La France, pays de l’institutionnalisation ?

En somme, le fait que les EHPAD français ont plus de succès qu’ailleurs, ce qui est d’ailleurs confirmé par leur capacité à se développer à l’international, serait une contre-performance. Plutôt étonnant comme raisonnement, même en période d’EHPAD bashing. A moins que le coût de l’EHPAD français soit le cœur du problème selon l’étude ? Que relève-t-elle en la matière ? Que les prix des EHPAD en France s’élèvent en moyenne à 2450 € / mois (avec certes d’importants écarts territoriaux, mais c’est un autre sujet) contre 3020 € au Royaume-Uni et 3000 € en Allemagne. Là où la facture est moins élevée : Suède (1 300 €), Danemark (1 450 €) et Canada (1 466 €), c’est grâce… à un important financement public.

Comment alors considérer comme une contre-performance des EHPAD eux-mêmes, le fait qu’ils bénéficient, eux ou les personnes accueillies, de moins de financement public qu’ailleurs ? Avec un diagnostic si mal posé, difficile de tirer quelques enseignements que ce soit. Si c’est la problématique du reste à charge dont il s’agit, elle est réelle, très présente dans le rapport Libault, mais ça n’a rien à voir avec les performances relatives des établissements. Par ailleurs, à aucun moment ne sont prises en compte les dimensions qualitatives des EHPAD dans les pays concernés, comme s’il s’agissait d’un sujet secondaire.

L’article du Parisien nous explique aussi que les Français auraient moins recours au maintien à domicile… puisqu’ils sont plus nombreux en EHPAD comparativement à leurs voisins. Raisonnement pour le moins insuffisant, car on peut rester chez soi et ne bénéficier d’aucun service professionnel. D’ailleurs, les études sur l’aide à domicile en Europe ne classent pas du tout la France en queue de peloton.

En réalité, la France n’est pas le pays de l’institutionnalisation. Les personnes âgées dépendantes vivent très majoritairement à domicile. Selon les chiffres de la DREES repris dans le rapport Libault, en 2015 environ 1 459 000 personnes de plus de 60 ans vivaient à domicile en étant en perte d’autonomie, contre 584 000 en établissement, soit près de trois fois moins. Le fond du sujet n’est donc pas d’opposer établissement et domicile, pas plus que de pointer de pseudos contre-performances, mais bien d’identifier les progrès à faire en termes de services proposés, d’organisation et de financement. C’est tout l’enjeu de la période actuelle, que nous comptons bien relever jusqu’au bout mais en partant des bons constats.