3 juillet 2019 - Newsletter

La vrai bonne IDEe de nuit

En mai 2018, Agnès Buzyn présentait sa « feuille de route » pour les mois à venir. Parmi les mesures annoncées : un « débat public et citoyen », future concertation « Autonomie et grand âge » mais également la généralisation d’ici 2020 des IDE de nuit en Ehpad. Un an plus tard, cette seconde mesure est en bonne voie avec une allocation de 10 millions d’euros, prévue au sein de la circulaire budgétaire.

Mesure phare de ce « Plan Buzyn », la mutualisation d’infirmiers de nuit figurait déjà au menu du Plan National 2015-2018 pour le développement des soins palliatifs ou, plus lointain encore, du programme Paerpa, lancé en 2013. Dans le cadre de ce dernier, l’Agence Nationale d’Appui à la Performance (ANAP) a récemment publié un bilan de cette mesure, plutôt positif.

Dans cette publication, l’ANAP synthétise les retours d’expérience de territoires pilotes, tous unanimes sur les impacts positifs du dispositif, notamment sur le taux d’hospitalisation des résidents et leur prise en charge nocturne. La réduction des hospitalisations, en particulier via les urgences, est en effet évidente, mais, faute d’indicateurs de suivi, elle n’est toutefois pas prouvée chiffres à l’appui. Plus qualitativement, tous les établissements inclus dans l’expérimentation ont souligné les bienfaits de cette mesure pour sécuriser les équipes de nuit. Même si l’IDE (qu’elle soit en poste ou en astreinte) est peu sollicitée, sa présence rassure les équipes, qui se sentent moins seules et moins démunies. Et si elle est appelée en renfort, elle constitue une véritable aide à la décision en cas d’urgence. De ce fait, les relations sont en outre simplifiées avec le service de régulation du SAMU, qui est sollicité de façon plus appropriée et avec qui la communication est facilitée par la présence d’un professionnel qui « parle la même langue qu’eux ».

Tout le monde, y compris Colisée qui l’expérimente sur plusieurs établissements, s’accorde donc à dire que l’IDE de nuit est un dispositif à promouvoir. Mais une question demeure concernant le modèle à privilégier. Les modèles testés au sein des Ehpad sont en effet très hétérogènes : astreinte ou garde, portage par un Ehpad, un centre hospitalier ou un groupement d’infirmiers, etc. Et les témoignages recueillis par l’ANAP ne lui ont pas permis de trancher pour l’une ou l’autre option, elle promeut donc plutôt une « approche territoriale », articulée avec l’organisation locale des soins non programmés.

Si cette adaptation à l’environnement local tombe évidemment sous le sens, pour Colisée, le choix doit toutefois se porter, quand cela est possible, sur un poste mutualisé d’IDE de nuit « itinérant ». Le dispositif est alors articulé autour d’un Ehpad pivot et rayonne sur tous les EHPAD partenaires pour intervenir à la demande des équipes de nuit qui font face à une situation imprévue avec dégradation de l’état de santé du résident ou dans le cadre d’une continuité des soins infirmiers.

Ce système, éprouvé par Colisée, permet en effet d’assurer la réalisation de soins infirmiers programmés à l’avance, chose inenvisageable dans le cas de l’astreinte. Il devient alors possible d’accueillir des résidents, refusés jusque-là, qui nécessitent des soins techniques mais également de réduire la durée de certaines hospitalisation, voire d’éviter certains passages par l’hôpital, notamment en cas de fin de vie.

Certes, quel que soit le modèle retenu pour ce dispositif, tous soulignent la complexité de sa mise en œuvre. Mais sa nécessaire généralisation ne fait plus de doute, pour adapter nos Ehpad aux besoins des personnes qu’ils accueillent aujourd’hui mais également pour donner accès, demain, à cette compétence infirmière de nuit aux personnes qui vivent à domicile et trouveront au sein de l’Ehpad, un pôle d’expertise local.