25 février 2020 - Newsletter

Le bon usage des chiffres

Dans un récent rapport, la Drees tire une sonnette d’alarme : « un tiers des personnes âgées en établissement sont dans un état psychologique dégradé ». Un chiffre qui fait l’effet d’une bombe, à manier avec prudence.

Dans une étude publiée le 31 janvier dernier dans le cadre de son enquête CARE 2015 et 2016, la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) fait un portrait de l’état psychologique des personnes âgées. Ce travail, comme beaucoup d’autres, a un réel intérêt. Il nous force à questionner nos métiers, notre manière d’accompagner le vieillissement et notre façon d’appréhender les capacités des résidents quand ils entrent en Ehpad. Il fait écho, en outre, aux chiffres alarmants qu’avait diffusé l’observatoire national du suicide en 2016 quant au taux de suicide des plus de 85 ans, qui était le plus élevé de la population.

Ici, le rapport met en exergue l’usage important d’antidépresseurs pour les résidents d’Ehpad (47% d’entre eux ont reçu au moins 3 délivrances d’antidépresseurs dans l’année, contre 14% des 75 ans et plus vivant à domicile) ou réaffirme le fort lien de causalité entre la relation des résidents avec leurs aidants et leur bien être psychologique (27% des résidents déclarant avoir de bonnes relations avec leurs aidants sont en détresse psychologique contre 72% de ceux qui jugent leurs relations difficiles). Mais si ces chiffres nous permettent, nous, gestionnaires d’Ehpad, de questionner continuellement nos pratiques et de tirer certains enseignements, il n’en reste pas moins que l’étude prend certains raccourcis douteux et dangereux.

L’étude compare par exemple à plusieurs reprises les résidents d’Ehpad à la population âgée de 75 ans et plus vivant à domicile. Une comparaison qui manque évidemment de sens lorsque l’on sait que l’âge moyen des résidents d’Ehpad est de plus de 85 ans… et que la prévalence de la dépendance est bien plus forte au sein de la population en Ehpad que pour celle à domicile. Or, le niveau de dépendance et l’état de santé font partie des principaux facteurs associés à l’état psychologique d’un résident.

Sur le cas précis des antidépresseurs, le rapport souligne que « ces prescriptions peuvent aussi bien rendre compte d’une meilleure prise en charge des problèmes psychologiques en établissements ». Cette mise en perspective est essentielle mais peut rapidement être éclipsée si on lit le rapport un peu vite… ou si l’on ne retient que la synthèse de départ, fréquemment relayée, par les médias notamment, sans recul.

On trouve donc dans cette étude, pourtant riche d’enseignements, certains raccourcis dangereux et constats qui mériteraient d’être nuancés pour être utiles et constructifs. Tout cela au moment où le secteur se mobilise massivement pour changer l’image de ses Ehpad, de ses métiers, de ses résidents. Dommage, non ?