17 octobre 2019 - Newsletter

Prospectives sur les métiers du grand âge par Estelle PROT, Directrice RH et RSE de COLISEE

Et si c’était possible ?

Ehpad de demain, seniors de demain, télémédecine de demain… L’heure est à la projection et tout le monde tente de dessiner l’avenir du grand âge. Sur les métiers aussi cette projection s’impose. A quoi ressemblerait un futur idéal ?

Nous sommes en 2030, la capacité d’accueil et d’accompagnement des personnes âgées a augmenté de 20% et l’on prévoit une augmentation de 30% supplémentaires d’ici 2050. Le secteur est donc devenu un riche vivier d’emplois convoités par de nombreux jeunes entrants sur le marché du travail.

Ces jeunes peuvent choisir de se former sur l’un des métiers du secteur sans autre limite que leurs aptitudes, leur appétence et leur dossier scolaire. Les futurs aides-soignants (AS) en particulier peuvent y prétendre sans passer de concours d’entrée, comme c’est le cas depuis 2019 pour les infirmiers. Ils peuvent alors éventuellement opter pour une formation en apprentissage, formule qui a pris une place essentielle sur le secteur.

Ces mêmes AS peuvent aisément évoluer au sein de leur structure et du secteur, grâce à la VAE, devenue monnaie courante, et aux nouveaux échelons intermédiaires et cursus de pratiques avancées créés.

Une fois recrutés et formés, ces collaborateurs ont d’ailleurs envie de rester. Parce qu’ils y voient des perspectives d’évolution mais également parce qu’ils se sentent bien. La génération des millenials trouve dans ces métiers du sens et est fière de travailler auprès des personnes âgées.

Les conditions de travail ? Personne ne s’en plaint et tout le monde se demande « comment faisait-on, à l’époque, avec 0,6 ETP pour 1 résident ; comment pouvions nous travailler sans équipement motorisé de transfert pour les résidents ; comment pouvions nous être si craintifs sur l’ouverture de notre établissement, de nos unités protégés ; comment pourrions-nous encore progresser pour que chaque résident soit bien chez lui et organise sa journée selon ses goûts et ses envies du moment ? ».

Bref, nous sommes en 2030, travailler en Ehpad est agréable et valorisant. Et recruter et former est un parcours de santé. Nous sommes en plein rêve, bien sûr. Mais ce rêve n’est-il pas à deux pas de devenir réalité ?

Si les taux d’encadrement ne seront pas doublés en un claquement de doigts, beaucoup d’autres actions peuvent déjà impacter profondément le secteur. Les établissements et services, chacun à son niveau, regorgent d’idées. De son côté, le groupe Colisée y travaille assidûment, convaincus que de nombreuses opportunités sont à notre portée.

Créer des vocations et attirer des jeunes, notamment sur les métiers d’AS ? Oui, c’est possible. A travers l’apprentissage notamment. Depuis plusieurs années, le groupe Colisée s’est massivement investi dans ce mode de formation et a triplé le nombre d’apprentis, pour atteindre 65 futurs diplômés cette année. Reste à libérer la formation d’AS de son concours trop exigeant et inaccessible. La barrière du concours d’entrée en école d’infirmiers vient d’être levée. Celui des aides-soignants n’attend que cela. Alors, qu’attendons-nous ?

Offrir aux professionnels des perspectives d’évolution ? Oui, c’est possible aussi. En commençant par les ASH, pour qui la validation des acquis par l’expérience (VAE) peut être une voie royale. Au sein de Colisée, nous y croyons fermement. On recense aujourd’hui 80 VAE en cours, quasiment 1 par site, avec un taux de réussite de 70%, près de 3 fois supérieur à la moyenne nationale qui atteint 25%. Un chiffre qui nous a poussés à lancer nos pass évolution « Devenir AS », une « prépa VAE » interne, pour accompagner sur un an les ASH prêts à se lancer.

La VAE est une opportunité. Aux acteurs terrain de s’en saisir mais également aux organismes évaluateurs des jurys de s’organiser pour ne pas faire attendre certains candidats 18 mois comme ce fut déjà le cas, dans le Nord de la France notamment. Une attente inadmissible au regard des efforts fournis par ces candidats.

Améliorer durablement la qualité de vie au travail ? Pas impossible non plus, en investissant dans des équipements performants et en donnant du sens. Partant du constat que 50% des accidents du travail sont liés à la manutention, nous avons décidé d’équiper toutes les chambres de rails de transfert. Les premiers résultats sont très concluants et l’ensemble de nos établissements sera équipé en 2020. Humainement, notre démarche basée sur la méthode Montessori trouve d’autant plus d’écho auprès des nouvelles générations de professionnels, et se décline dans les méthodes managériales du groupe. Formés à la « gestion des talents », les directeurs cherchent en effet à faire exceller chaque membre de leurs équipes. Un leadership plus positif… plus de sens… moins d’accidents du travail… plus d’engagement. Un cercle vertueux peut se mettre en place.

Oui, nous en sommes convaincus : chacun peut agir à son niveau. C’est le moment pour les acteurs de terrain de tenter des choses, d’être force de propositions. C’est le moment aussi pour les pouvoirs publics de prendre les mesures qui s’imposent et mettre en œuvre une réforme à la hauteur des enjeux, à la hauteur des attentes de la société mais également à la hauteur des efforts des professionnels.