29 octobre 2019 - Newsletter

Rapport El Khomri : Ambitieux et pragmatique !

Myriam El Khomri a remis ce matin même son « Plan de mobilisation en faveur de l’attractivité des métiers du grand âge 2020-2024 » à Agnès Buzyn et Muriel Pénicaud respectivement ministre des Solidarités et de la Santé et Ministre du Travail.

Il convient d’abord de se féliciter de la méthode employée. Myriam El Khomri en trois mois seulement a auditionné plus de 150 acteurs du secteur, a effectué de très nombreuses visites de terrain et pris connaissance de multiples contributions écrites. Cette méthode a porté ses fruits tant le Rapport rendu public aujourd’hui porte fidèlement les préoccupations qui sont les nôtres au quotidien sur le terrain tant en établissement que dans les services d’aide à domicile.

Je veux aussi louer la qualité de l’état des lieux. Oui, les métiers du grand âge sont encore trop peu valorisés alors qu’ils sont porteurs de sens et remplissent une utilité sociale majeure. Oui, il est de plus en plus difficile de recruter, de fidéliser des professionnels dont le nombre est parfois dramatiquement déficitaire. Oui, ces professionnels sont insuffisamment rémunérés même si le Rapport met en exergue que la convention collective du secteur commercial pratique des rémunérations plus élevées que la moyenne. Et enfin, oui, trop de rigidités existent encore dans le champ de la formation initiale ou professionnelle.

Face à ces défis, Myriam El Khomri apporte 59 propositions dont certaines sont véritablement au cœur des préoccupations qui sont les nôtres au quotidien.

Je pense notamment :

A la mesure n°24 consistant à supprimer le concours d’entrée dans les IFAS, concours qui était devenu un frein inutile à la formation. Comme pour les IDE, l’inscription se fera dès 2021 via Parcours Sup. C’est une excellente nouvelle qui permettra comme cela a été constaté pour les formations en IFSI un regain de candidatures.

A la mesure n°32 qui fixe l’objectif de passer de 352 à 10.000 alternants/an. Il est en effet particulièrement anormal que la voie de l’apprentissage ne soit utilisée que par 1,4% des jeunes qui souhaitent devenir aide-soignant.

A la mesure n°34 qui souhaite promouvoir la Validation des Acquis de l’Expérience en tenant compte des blocages qui ne lui ont pas permis de se déployer autant qu’il aurait été utile. Les mesures envisagées se fixent l’objectif de passer de 4,4% à 25% de diplômés via la VAE.

A la mesure n°36 qui propose de généraliser à l’ensemble des personnels soignants et d’accompagnement la formation d’ASG (Assistant de Soins en Gérontologie) qui représente 140h sur 4 semaines.

Mais le Rapport compte bien d’autres objectifs louables : la création de 18.500 postes nouveaux par an d’ici 2024 pour faire face aux besoins ; le soutien à la mobilité des salariés intervenant au domicile ; la réduction de la sinistralité et l’amélioration de la Qualité de Vie au Travail ; créer une fonction d’Aide-Soignante coordinatrice…

Certaines de ses mesures relèvent de la volonté des partenaires sociaux d’aller de l’avant. Beaucoup de ces mesures, d’ailleurs, étaient souhaitées et poussées de longue date par le Synerpa. Sur ce point, un groupe comme Colisée/Onela ne reculera pas devant ses responsabilités d’employeur et d’acteur social.

D’autres en revanche seront difficilement opérationnelles sans financement supplémentaire. D’où l’intérêt de soutenir l’option que Myriam El Khomri reprend du Rapport Libault : le financement d’un plan Grand Âge par l’utilisation, le moment venu, du produit de la CRDS.

Sans un tel effort, une partie de ce Rapport pragmatique et ambitieux resterait vaine.

Christine JEANDEL