28 novembre 2019 - Newsletter

Rapport El Khomri : l’exploration d’un vaste champ des possibles

La mission du rapport El Khomri a centré ses travaux sur les métiers d’aide-soignant et d’accompagnant à domicile. Pourquoi ? Parce que la situation sur ces professions est alarmante. Parce que ces dernières peuvent être considérées comme des pivots de la prise en charge. Mais peut-être aussi parce que c’est là que résident aujourd’hui les plus grandes marges de progrès.

Face au vieillissement démographique et à la nécessaire amélioration continue des conditions de prise en charge des personnes âgées, le rapport El Khomri évalue à 93 000 le nombre de postes supplémentaires à créer d’ici 2024 et à 260 000 le nombre de professionnels à former sur la même période. Des chiffres qui semblent utopiques tant la tension est croissante entre l’offre et la demande sur ces métiers, tout particulièrement d’AS et d’AES. Des chiffres qui ne pourront, en tout état de cause, être atteints qu’à condition de moderniser les formations et changer l’image de ces métiers afin d’être en mesure de recruter ces professionnels, d’améliorer leur qualité de vie au travail (QVT) et de leur offrir des perspectives d’évolution.

RECRUTEMENT. Selon le rapport, près de la moitié des EHPAD fait état de difficultés de recrutement. Sur les postes d’AS, près d’un établissement sur dix déclare un poste non pourvu depuis au moins six mois. Comment alors occuper 93 000 nouveaux postes ? En réformant la formation de ces métiers, qui attire de moins en moins de monde (- 25% de 2012 à 2017) bien entendu. La suppression du concours d’entrée en IFAS proposé dans le rapport (mesure 24), nous l’avons déjà dit et le répétons ici, est indispensable et urgente. L’expérience sur la formation IDE est probante : alors que l’on constatait une baisse régulière du nombre de candidatures depuis une décennie, ces dernières ont doublé lorsque le concours a été supprimé.

La promotion de la VAE et de l’apprentissage, sous-exploités à ce jour, est une autre voie prometteuse pour attirer des candidats vers ces métiers. Le rapport propose de porter d’ici 2025 à 10% la part des diplômes d’AS et d’AES obtenus par voie d’alternance (mesure 32) et à 25% la part des diplômes délivrés dans le cadre d’une VAE (mesure 34). Ces objectifs particulièrement ambitieux ne pourront pas être atteints sans la suppression du quota national pour les entrées en formation d’AS (proposé en mesure 25) et sans un investissement réel et fort des opérateurs. Nous l’expérimentons depuis plusieurs années au sein des Ehpad Colisée : pour que cela fonctionne, un accompagnement rigoureux et soutenu des professionnels qui s’engagent est primordial.

QVT. Une démarche indispensable pour donner envie aux professionnels de rester, de s’impliquer, de s’améliorer continuellement au sein de nos établissements. La lutte contre la sinistralité dont le rapport a fait une priorité est évidemment essentielle pour améliorer les conditions de travail de ces professionnels. Mais le rapport met en lumière également, à raison, le nécessaire enrichissement des compétences des AS et des AES. Leur formation reste générale et ne les dote pas des connaissances et compétences de base utiles à la prise en charge des personnes en perte d’autonomie, et notamment des personnes désorientées et souffrant de troubles cognitifs importants. Le rapport propose donc (mesure 36) d’ouvrir l’accès à la formation ASG à tous les professionnels qui assistent quotidiennement les personnes en perte d’autonomie. Une mesure simple et évidente à nos yeux pour permettre à chacun d’aborder chaque situation de façon appropriée et de préserver la qualité de vie des personnes dont il a la charge.

Mais le rapport va plus loin : au-delà de la sinistralité, au-delà des compétences, il s’agit de donner du sens à la mission des professionnels. L’absence ou l’insuffisance de temps collectifs place souvent ces derniers dans un contexte de travail exclusivement tourné vers l’accomplissement en série de tâches répétitives, dans des délais contraints… source de démotivation et d’épuisement professionnel, qui alimentent le phénomène d’absentéisme et de turnover. Le rapport suggère ainsi d’imposer 4h de temps collectifs par mois d’équipe à domicile et en EHPAD (Mesure 17).

PERSPECTIVES. La nécessité d’offrir des perspectives d’évolution, aux AS notamment, la mission l’a bien cerné et propose (mesure 37) de structurer des parcours professionnels attractifs. Toutes les actions présentées dans ce cadre sont riches et doivent indéniablement être creusées. Certaines actions sont déjà déployées dans bon nombre d’établissements (notamment la mise en place de la fonction d’aide-soignant coordonnateur ou le développement de fonctions de référent métier). Deux autres idées, plus inédites, nous semblent importantes à relever. Idée n°1 : pour les AS qui veulent devenir infirmiers, supprimer le concours d’entrée en formation (qui n’existe plus pour la voie externe). Idée n°2 : Ouvrir aux aides-soignants expérimentés qui exercent de façon régulière des enseignements ponctuels en IFSI l’accès à des fonctions permanentes d’enseignement en IFAS, aujourd’hui réservées aux seuls infirmiers.

Ces dernières mesures, à l’image de beaucoup d’autres issues du rapport, peuvent être rapidement et facilement mises en œuvre. Ces mesures sont finalement des évidences… dont il faut se saisir sans attendre.