28 novembre 2019 - Newsletter

Rapport El Khomri : à saluer… et à suivre !

Il était très attendu et il est arrivé, le rapport El Khomri portant sur un « Plan de mobilisation en faveur de l’attractivité des métiers du grand âge 2020-2024 » a été remis le 29 octobre aux deux ministres concernées, celle des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, et celle du travail, Muriel Pénicaud. Un travail louable à plusieurs égards.

Tout d’abord, sur le plan de la méthode : entre plus de 150 acteurs écoutés, de multiples visites de terrain et de nombreuses contributions écrites, la concertation a été de mise et elle a permis de produire un rapport fidèle aux préoccupations des professionnels du grand âge.

La qualité du diagnostic est à louer aussi. Il fallait affirmer haut et fort que les métiers du grand âge étaient encore trop peu valorisés alors qu’ils sont socialement extrêmement utiles et porteurs de sens pour ceux qui les exercent. Il fallait aussi pointer du doigt les difficultés majeures de recrutement et de fidélisation, l’usure professionnelle et la sinistralité du secteur, ainsi que la faiblesse des rémunérations, même si le rapport précise que le secteur commercial pratique des rémunérations plus élevées que la moyenne. Enfin, le foisonnement et le cloisonnement des acteurs, en particulier dans le champ de la formation, sont des rigidités qui ne facilitent pas la professionnalisation du secteur.

Coté préconisations, le premier acte fort du rapport est de demander à la fois l’ouverture de 18 500 postes d’ici fin 2024, la remise des rémunérations au minimum au niveau du SMIC et l’augmentation de 20% du taux d’encadrement. Et parmi les 59 propositions, certaines retiennent particulièrement notre attention : la mesure 24 prône la suppression du concours d’entrée dans les IFAS, la mesure 32 propose d’atteindre 10.000 alternants par an, soit 10% des diplômés AS contre 1,4% aujourd’hui et la mesure 34 vise 25% de diplômés via la VAE. Tout en réduisant le nombre de diplômes (mesure 30), la formation doit aussi se faire plus précise et plus spécialisée, d’où l’idée (mesure 36) de généraliser à l’ensemble des personnels d’intervention la formation d’Assistant de Soins en Gérontologie.

Plus spécifiquement sur l’aide à domicile, le soutien à la mobilité des salariés avec le développement de flottes propres au SAAD et le développement des équipes autonomes sont des mesures que nous saluons. Ainsi que d’autres propositions plus transversales, comme l’indispensable réduction de la sinistralité ou l’amélioration de la Qualité de Vie au Travail. Amélioration de la QVT qui passerait, notamment, par l’instauration d’un minimum de 4 h de temps collectifs par mois, chose non systématique en Ehpad et plutôt rare dans l’aide à domicile aujourd’hui.

Quant à la gouvernance, il est proposé de la modifier en profondeur et à deux niveaux avec une plateforme départementale dédiée aux métiers du grand âge, et un comité national des métiers du grand âge afin de coordonner les différents acteurs ayant chacun en charge une partie de son financement. Des efforts de coordination auxquels on ne peut que souscrire sous réserve d’éviter de monter des usines à gaz coûteuses en temps et en argent public.

Il n’en reste pas moins que nombre de ces mesures sont déjà portées par Colisée, qui ne reculera évidemment pas devant ses responsabilités d’employeur et d’acteur social dans leur mise en œuvre. D’autres mesures appellent à l’évidence des financements supplémentaires et la piste privilégiée pour financer un Plan Grand Age reste, rapport après rapport, l’utilisation à terme du produit de la CRDS. Un point qu’il faudra clarifier dès 2020 si l’on veut que ce rapport fasse réellement date.