22 juin 2020 - Newsletter

Témoignages : EHPAD et confinement

Par Michel SOULARD, résident de l’EHPAD Louis Pasteur (Poitiers)

Bonjour à toutes et à tous.
Tout d’abord permettez-moi de me présenter : Michel SOULARD né à MONTMORILLON, dans le département de la Vienne, le 6 janvier 1933 ! Si le Coronavirus ne vous a pas trop perturbés, sans doute pouvez-vous encore faire quelques exercices d’arithmétique et conclure que j’ai maintenant 87 ans ! C’est la dernière année où je peux inverser les chiffres à mon avantage : 87 = 78 !

En dehors de ça j’ai été pharmacien pendant une quarantaine d’années, tout en faisant beaucoup d’autres choses passionnantes : enseignement, action humanitaire, défense de la Langue Française, écriture de quelques livres ! Mais là n’est pas le sujet qui nous intéresse aujourd’hui !

Pour tout vous avouer, et comme d’habitude pour être à contre-courant de mon environnement, je vous dirais que j’ai trouvé très bénéfiques ces 3 mois de confinement et que j’envisage avec crainte la période qui s’ouvre maintenant devant nous ! Ces longues semaines, qui m’ont paru courtes, m’ont permis de faire un retour sur moi-même, retour qui avait déjà été enclenché il y a près de 2 ans à la suite de cet accident bête qui fait que désormais je suis paralysé et que je ne me déplace plus qu’en fauteuil roulant. Connaissez-vous un accident qui ne soit pas bête ?

Et tout d’abord, je voudrais redire la confiance qui est la mienne, dans la direction de notre EHPAD et du groupe dont il fait partie. En février dernier, j’avais déjà exprimé ma confiance dans une interview pour un journal régional, interview qui n’a malheureusement jamais été publié, mais dont je renouvelle les termes après 3 mois de confinement !

Evidemment les conditions très spéciales que nous venons de vivre auraient pu rompre le lien social que j’avais établi depuis mon arrivée ici, il y a déjà un an, je dirais un an qui est passé comme un éclair! Je voudrais ainsi vous faire comprendre que le temps ne m’a pas paru long, même pendant le confinement ! Et pourtant plus de lectures au Cantou, plus de Café Philo, plus de chant, plus de lecture du journal, plus de promenades autour de la résidence ! Mais voilà, il faut s’adapter ! Heureusement l’Homme a malgré tout une grande faculté d’adaptation sinon la race humaine aurait disparu depuis les millions d’années qu’elle est apparue sur terre.

Il a donc fallu trouver des moyens de conserver ce lien social. Tout ce qui est télé-quelque chose a donc pris le relais de ce qui était le lien direct ; pourquoi pas la télépathie ? Mais je pense que les moments les plus forts étaient pour moi la lecture du journal au micro, deux fois par semaine, en répandant ainsi « la bonne nouvelle » dans les étages et au Cantou ! (…)

Pour moi, ici, la vie continue, et je ne vois pas ce que je pourrais modifier, sinon une meilleure compréhension des uns et des autres au sein de nos communautés, que ce soit la famille ou la Résidence ! Je sais, depuis deux ans tout a changé pour moi, et je pourrais presque dire que mon confinement a commencé le 24 septembre 2018. Dans ces circonstances je n’ai pu apprendre que la patience et l’humilité !

Mais « Honni soit qui mal y pense », pour moi la vie est encore belle et je crois encore en l’avenir même si pour moi il est assez limité. On peut pourtant encore rêver à un avenir meilleur et à des lendemains qui chantent !

De ma fenêtre j’avais cru voir un renouveau de la Nature, avec plus d’oiseaux et d’insectes, même des papillons blancs. Les grenouilles aussi se sont mis de la partie et célèbrent ce renouveau par un joyeux concert tous les soirs ! « Haut les cœurs » !

Malheureusement, le Coronavirus est entré dans l’établissement et Yolande est la première résidente à être contaminée (résidence de la Joliette, Marseille).

« Alors, je vais mourir ? » nous a confié Yolande. « Parce que, à la télévision, ils n’arrêtent pas de dire que, quand on a attrapé le virus, on meurt ». Elle pleure. Oh combien il était difficile de ne pas la prendre dans nos bras pour la consoler ! Il a fallu trouver les bons mots, les bonnes phrases pour lui permettre d’entamer le combat.

Nous nous sommes rapprochés en cette période et vivions hors du temps avec l’omniprésence d’une vie intérieure qui nous permettait de nous évader dans l’imaginaire pour conserver le moral.

Nous avons aussi fait l’apprentissage de la patience et du contrôle de soi pour évacuer les angoisses sous-jacentes.

Le confinement nous a isolés de nos familles et pour certains d’entre nous c’était plutôt une très bonne chose.

D’autres diront qu’ils se sont sentis exclus et isolés.

Mr S, Mr P, Mr B, Mr H, Mme P, résidents et Sophie l’animatrice de la résidence Louis Pasteur (Poitiers)

« Il faut que les gens s’entraident plus, c’est ce que cela nous démontre. Un peu comme en peinture, lorsqu’on mélange les couleurs, cela permet de voir apparaître des couleurs qui n’existaient pas avant le mélange, c’est un peu ça la solidarité et l’entraide.
La tendresse, les gestes nous manquent cependant il existe d’autres façons de manifester son attention, ma fille par exemple m’a fait un masque en tissus avec une petite fleur. Je serai très heureuse d’aller nager à la mer à la fin de tout ça. »

Lucile, résidente de la Joliette (Marseille)