25 février 2020 - Newsletter

ZOOM SUR LA BELGIQUE Le plat pays face aux défis du vieillissement

La Belgique n’échappera pas à la règle : sa population vieillit rapidement et d’ici 2025, elle devra accompagner un nombre significativement plus élevé de personnes très âgées, potentiellement dépendantes. Comment le plat pays se prépare-t-il à relever ce défi ?

La Belgique compte aujourd’hui 2,2 millions de personnes âgées de 65 ans et plus. En 2030, elles seront 2,6 millions et en 2050 3,1 millions. Cette augmentation est considérable, celle des 85 ans et plus sera quant à elle spectaculaire : 330 000 aujourd’hui, 370 000 en 2030… 716 000 en 2050. La part de cette population très âgée passera ainsi de 3% de la population totale aujourd’hui à 6% en 20501. La Belgique n’échappe donc pas à la tendance du vieux continent : le vieillissement de sa population est inexorable et il va considérablement augmenter le nombre de personnes âgées qui auront besoin de soins à domicile ou en institutions résidentielles.
QUELLE OFFRE FACE À CETTE FUTURE DEMANDE ?

La Belgique compte à ce jour 1 500 établissements pour personnes âgées, qui recensent environ 150 000 places, réparties de façon hétérogène entre les Provinces (voir la carte ci-dessous). Dans les prochaines années, des lits supplémentaires devront être créés pour couvrir la demande futures : 1 389 créations par an en moyenne sont prévues sur la période 2018-25 en Flandres et près de 12 000 créations d’ici 2030 en Wallonie. Sur la région bruxelloise, suffisamment équipée à ce jour, en revanche, l’offre n’évoluera pas à court terme.

Structure de l’offre de maisons de repos en Belgique

Mais pour accompagner ce développement, un travail doit être mené afin d’attirer les professionnels pour prendre soin des personnes âgées en établissements ou à domicile. Tout comme la France, la Belgique fait face à une crise des vocations sur les métiers d’aides-soignants et d’infirmiers, et sur le secteur des maisons de retraite en particulier. Les opérateurs se sont saisis du sujet et travaillent avec le Gouvernement, notamment pour créer une catégorie professionnelle intermédiaire, les aides logistiques. Une façon de rendre plus attractif le métier d’aide-soignant en maison de repos notamment. Reste à définir comment faire financer ces postes, car en Belgique aussi, le nerf de la guerre repose sur les financements. Et en Belgique aussi, le modèle demande aujourd’hui à être revu.

FAIRE ÉVOLUER MODÈLE ET FINANCEMENT

Le financement de l’accompagnement et des soins fournis par les établissements pour personnes âgées est composé de 2 principaux éléments : le prix journalier à la charge des résidents (avec une aide possible par l’Etat ou une assurance), qui couvre le gite et le couvert ; une contribution dépendance et soins, allouée par les régions pour financer les soins et équipements médicaux ainsi que le personnel de soins qualifié et qui varie selon le niveau moyen de dépendance des résidents.

Ce financement public s’appuie sur différents dispositifs, parmi lesquels : le forfait journalier, destiné aux prestations de soins, est calculé par une estimation des coûts réels des soins de santé en tenant compte, via l’échelle de KATZ, de la dépendance des résidents. Puis le Gouvernement finance via un canal distinct (uniquement à Bruxelles et en Wallonie), le coût supplémentaire des accords sociaux supportés par les maisons de repos concernant le personnel. Enfin, les infirmiers d’une maison de repos qui portent un titre professionnel d’infirmier(ère) gériatrique ou une qualification professionnelle d’infirmier(ère) gériatrique ou d’infirmier(ère) ayant une expertise particulière en soins palliatifs, peuvent prétendre à une prime annuelle complémentaire, là aussi financée par le Gouvernement.

Un système qui parait assez complet mais qui en réalité ne couvre pas l’ensemble des coûts, notamment ceux qui ne sont pas liés directement aux soins mais à l’aide aux personnes (voir l’interview de Filip Weyers sur ce point). Au-delà de cela, c’est vers un modèle plus complet d’organisation et de financement qu’il faut converger, notamment en vue de faciliter les recrutements dans des métiers qui rentrent en tension face à l’explosion des besoins. D’où la stratégie pro-active de ARMONEA COLISEE et de sa fédération professionnelle de co-construire et proposer ce nouveau modèle aux autorités.

1. Source : StatBel – Perspectives de la population 1991 – 2071

PANORAMA DE L’HÉBERGEMENT POUR PERSONNES ÂGÉES EN BELGIQUE

En Belgique, on distingue les maisons de repos (MR) des maisons de repos et de soins (MRS). Les deux s’adressent à des personnes âgées dépendantes mais si les premières (47% des places2) aident dans leurs tâches quotidiennes et dispensent des soins à des personnes qui ne peuvent plus vivre seules chez elles ; les secondes, dites médicalisées, (50% des places) accueillent également des personnes fortement dépendantes, qui nécessitent des soins lourds. Pour illustration, la MR n’est pas dans l’obligation légale de mettre en place une fonction palliative en son sein, à l’inverse des MRS.

Il existe également des accueils de jour (3% des places), généralement intégrés aux MR.

Ces 3 types de structures constituent le secteur médico-social. Le panorama est complété par les services à domicile, les centres temporaires et les résidences seniors.
2. Source : INAMI

3 questions à : FILIP WEYERS,
COO Armonea – Colisée group Belgique

En quels termes le débat sur le vieillissement en Belgique est-il posé actuellement ?

Filip WEYERS : Le débat est évidemment tourné vers les maisons de repos et les discussions sont similaires à celles qui ont lieu en France. D’un point de vue affectif, les gens préfèrent demeurer le plus longtemps possible à la maison.

Le Gouvernement a donc choisi de mettre l’accent sur le domicile et octroie des financements spécifiques. Or ce système connait une limite en matière d’organisation, car les infirmières notamment sont limitées en nombre d’actes journaliers.

A quels principaux défis le secteur fait-il face aujourd’hui ?

F.W. : Nous entrons en période de tension conjoncturelle sur le recrutement des infirmièr(e)s. Le cursus de formation vient de passer de 3 à 4 ans en Belgique. On n’a donc pas eu de nouveaux diplômés en 2019 et on a observé une baisse des inscriptions liée à l’allongement de la durée des études. A l’heure actuelle notre défi est donc de combler ce déficit temporaire, et à plus long terme de valoriser cette profession pour fidéliser.

Pour cela, il faut montrer que le travail en maison de repos fait sens, et qu’il offre une polyvalence très riche, contrairement aux services hospitaliers spécialisés.

Nous travaillons également à faire évoluer le métier d’aide-soignant, et ce en lien avec la Fédération professionnelle et le Gouvernement. Par exemple, on sait que les aides-soignants font des tâches qui ne sont pas nécessairement de leur ressort et qui ne requierent pas de technicité en soins. Aussi, nous regardons comment introduire une nouvelle catégorie professionnelle : les aides logistiques, avec une partie sur l’hôtellerie et une partie sur l’accompagnement des personnes âgées. Il faudra alors trouver comment les intégrer dans le financement.

Recruter et fidéliser des personnels de soins tout en travaillant avec le monde académique pour construire de nouveaux parcours de formation et de nouveaux métiers : voici notre feuille de route.

Dans ce contexte, quelles sont les actions d’ARMONEA ?

F.W. : L’année qui vient de s’écouler fut vraiment intéressante. On a réussi une intégration harmonieuse d’Armonea au sein de Colisée, et on est en train de partager nos bonnes pratiques pour progresser ensemble. L’an passé, nous avons adopté l’approche partenariale de Colisée et notre taux d’occupation est passé de 88% à 94%. L’idée est d’aller encore plus loin dans cette démarche de travail en réseau cette année.

Auparavant, le directeur ou les équipes sortaient peu de leur établissement. Maintenant, ils vont à la rencontre des services sociaux, des hôpitaux et de tous les prescripteurs potentiels. C’est une évolution positive, nous devons par ailleurs utiliser ce réseau pour aller à la recherche de nouveaux collaborateurs.

Nous déployons un plan de digitalisation à l’échelle européenne. MyArmonéa, par exemple, notre réseau social privé qui permet aux familles, aux résidents et aux équipes de communiquer en temps réel dans tous nos établissements.

Enfin, nous travaillons sur une nouvelle approche des soins en Belgique, en collaboration avec l’Université d’Anvers et nous développons Armonéa Campus, qui a l’ambition de devenir le Centre de Formation Européen de Colisée dans les métiers du soins. Tout un programme !